L’Asie occidentale traverse la guerre la plus déterminante d’une génération. Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé une campagne conjointe contre l’Iran, ouvrant ce que l’on appelle désormais largement la guerre d’Iran de 2026, ou la Troisième guerre du Golfe. Les premières frappes ont visé une réunion des dirigeants à Téhéran, tuant le Guide suprême Ali Khamenei ainsi que le ministre iranien de la Défense et de hauts commandants militaires, avant de s’étendre aux infrastructures nucléaires et balistiques dans tout le pays. L’attaque est survenue en plein cœur des négociations américano-iraniennes sur le programme nucléaire de Téhéran, un an après la guerre des douze jours, en juin 2025, qui avait déjà gravement endommagé les défenses antiaériennes et les sites nucléaires souterrains iraniens. Des années de frictions accumulées autour de l’enrichissement de l’uranium, du développement des missiles balistiques et du réseau régional de relais de l’Iran avaient rendu une nouvelle confrontation presque inévitable ; ce qui a changé en 2026, c’est l’ampleur, l’objectif explicite de renverser la direction iranienne, et la rapidité avec laquelle la guerre s’est étendue à des fronts bien au-delà des frontières iraniennes.\n
Les combats qui ont suivi ont duré plus de cinq semaines et ont touché bien plus que les deux principaux belligérants. Les menaces iraniennes contre la navigation dans le détroit d’Ormuz ont perturbé l’un des corridors pétroliers les plus importants du monde, provoquant des pénuries de carburant dans certaines régions d’Asie et des secousses sur les marchés mondiaux de l’énergie. Un cessez-le-feu impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a été conclu le 7-8 avril, mais il a réorienté la confrontation plutôt que d’y mettre fin : Washington et Téhéran ont passé les semaines suivantes dans une impasse tendue concernant les menaces iraniennes de faire payer un droit de transit dans le détroit d’Ormuz. À l’intérieur de l’Iran, l’assassinat de Khamenei a provoqué une succession brutale, son fils accédant au rôle de Guide suprême à un moment où la République islamique était déjà affaiblie par une répression brutale des plus vastes manifestations internes depuis 1979 et par une économie chancelante.\n
Une véritable ouverture diplomatique est finalement survenue le 17 juin, lorsque les présidents Trump et Pezeshkian ont signé un mémorandum d’entente en quatorze points au palais de Versailles, en marge d’un sommet du G7 organisé par le président français Macron. Le mémorandum prévoit l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, la réouverture du détroit d’Ormuz au trafic commercial sans droits de transit iraniens, la levée des sanctions américaines sur les exportations pétrolières et le secteur bancaire iraniens, ainsi qu’un fonds de reconstruction pour l’Iran d’environ 300 milliards de dollars, lié à une phase ultérieure des négociations. Téhéran s’engage également à ne pas se doter d’armes nucléaires, le sort de son stock d’uranium enrichi étant laissé à de futures négociations. Les deux parties se sont accordé soixante jours, prorogeables d’un commun accord, pour transformer le mémorandum en accord contraignant. Les réactions à Washington se sont nettement divisées selon des lignes désormais familières, plusieurs sénateurs républicains dénonçant l’accord comme une récompense accordée à l’Iran pour ses précédentes menaces contre le détroit.\n
La fragilité de l’accord est devenue évidente en quarante-huit heures. Les négociations sur la mise en œuvre, prévues le 20 juin à Bürgenstock, en Suisse, sous la direction du vice-président JD Vance pour la délégation américaine, ont été reportées à la dernière minute, officiellement pour des raisons logistiques, mais en réalité, selon plusieurs sources, parce que l’Iran a retardé sa propre délégation pour protester contre la poursuite des frappes israéliennes dans le sud du Liban. Vance, devenu le principal négociateur de l’administration sur le dossier iranien, a publiquement réprimandé des ministres israéliens pour avoir critiqué l’accord, tandis que les marchés pétroliers réagissaient nerveusement à ce report. Avec le compte à rebours de soixante jours déjà lancé et des critiques au Congrès visant à la fois le fonds de reconstruction et l’allègement des sanctions, des observateurs ont averti que la fenêtre permettant de transformer le mémorandum de Versailles en règlement durable est plus étroite que ne semblent le supposer ses rédacteurs.\n
Parallèlement à la guerre en Iran, et de plus en plus enchevêtré avec elle, se déroule un conflit distinct et plus sanglant au Liban. Le Hezbollah a repris des tirs massifs de roquettes vers le nord d’Israël le 2 mars 2026 en représailles à l’assassinat de Khamenei, rallumant un conflit entre le Hezbollah et Israël qui couvait déjà depuis octobre 2023 et qu’un cessez-le-feu de novembre 2024 n’avait jamais entièrement éteint. Israël a répondu par une campagne aérienne et terrestre dans tout le sud du Liban, comprenant des offensives autour de Bint Jbeil et de Khiam, qui a depuis tué plus de 3 700 personnes au Liban, selon le ministère de la Santé du pays, et déplacé plus d’un million d’habitants. Amnesty International a documenté une forte expansion des ordres d’évacuation massive, qu’elle qualifie de transfert forcé illégal. Un Casque bleu de l’ONU a été tué par des tirs de mortier dans le sud, et les annonces répétées de cessez-le-feu n’ont jamais tenu longtemps.\n
Au cœur de l’impasse libanaise se trouve un différend sur ce que couvrent réellement les différents cessez-le-feu. L’Iran, le Pakistan et le Hezbollah insistent sur le fait que la trêve d’avril et le mémorandum de juin s’étendent tous deux au front libanais ; Israël et les États-Unis affirment que les opérations contre le Hezbollah ne relèvent d’aucun cessez-le-feu centré sur l’Iran et les ont donc poursuivies en conséquence, y compris une vague de frappes le 8 avril qu’Israël a décrites comme parmi les plus puissantes de la guerre. Le Hezbollah, de son côté, a rejeté un accord de cessez-le-feu distinct conclu par le gouvernement libanais avec Israël, après que le ministre israélien de la Défense a exigé la création d’une zone démilitarisée dans le sud tout en se réservant le droit de continuer à frapper le groupe. L’Iran a fait de la fin de la campagne au Liban une condition explicite de sa propre retenue envers Israël, transformant ce qui devait être un front secondaire dans le déclencheur le plus probable d’une nouvelle escalade régionale.\n
Avant même cette dernière guerre, la position d’Israël en Europe se dégradait déjà, et les événements de 2026 ont accéléré cette tendance plutôt que de l’inverser. L’Espagne a adopté ce qui pourrait être les mesures unilatérales les plus radicales de tous les États européens, instaurant par la loi un embargo sur les armes, interdisant l’expédition de carburant pour l’armée israélienne depuis ses ports, fermant son espace aérien au transport militaire israélien et sanctionnant nommément les ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. Bruxelles a avancé plus prudemment, mais dans la même direction : la Commission européenne a envisagé de suspendre les préférences commerciales prévues par l’accord d’association UE-Israël, quatre États membres ont boycotté le Concours Eurovision de la chanson en raison de la participation d’Israël, et un veto hongrois vieux de plusieurs années sur les sanctions contre les colons violents a été levé après le remplacement de Viktor Orban au poste de premier ministre. Le bloc reste divisé en interne, la République tchèque et un gouvernement slovène remanié continuant de protéger Israël des mesures à l’échelle de l’UE, mais la trajectoire suivie par une masse critique d’États membres va sans équivoque vers une pression accrue.\n
Le changement le plus frappant se produit peut-être au sein de l’opinion publique américaine. Une enquête du Pew Research Center menée à la fin du mois de mars 2026 a révélé qu’environ six adultes américains sur dix ont désormais une opinion défavorable d’Israël, contre 53 % l’année précédente et seulement 40 % en 2022, la proportion ayant une opinion très défavorable ayant presque triplé sur cette période. Gallup a, séparément, situé la cote de popularité globale à son niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans. Cette érosion touche des groupes autrefois considérés comme fermement pro-israéliens : les catholiques et les évangéliques blancs de moins de 50 ans penchent désormais vers la défiance, et la confiance dans la gestion par le président Trump de la relation américano-israélienne est négative même chez de nombreux républicains. Les responsables israéliens ont commencé à prendre cette tendance au sérieux, le premier ministre Netanyahu signalant son souhait de réduire la dépendance d’Israël à l’aide sécuritaire américaine, alors même que le pays s’appuie diplomatiquement sur Washington plus que jamais depuis des décennies.\n
Cette dépendance diplomatique s’accroît précisément parce que d’autres portes se ferment. En septembre 2025, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont officiellement reconnu un État palestinien par des annonces coordonnées, rejoints quelques heures plus tard par le Portugal, puis par la France et d’autres gouvernements lors de l’Assemblée générale de l’ONU, portant à plus de 147 sur 193 le nombre d’États membres de l’ONU reconnaissant la Palestine. Netanyahu a rejeté catégoriquement cette démarche et accusé les États reconnaissants de récompenser le Hamas, mais cette vague a marqué une rupture nette de la part de certains des plus anciens partenaires occidentaux d’Israël. Combinées aux procédures en cours devant la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale, ces reconnaissances laissent les États-Unis comme le dernier soutien inconditionnel d’Israël parmi les grandes puissances au Conseil de sécurité de l’ONU, une position qui paraît de plus en plus exposée à mesure que l’opinion intérieure américaine continue d’évoluer.\n
Pris ensemble, le cessez-le-feu en Iran, la guerre non résolue au Liban et le refroidissement constant du soutien public et diplomatique occidental décrivent une région en équilibre sur une mince corniche plutôt qu’une région s’installant dans la paix. Le mémorandum de Versailles n’accorde aux négociateurs que soixante jours, un délai déjà mis à l’épreuve par le report d’une seule réunion en Suisse, tandis que le Hezbollah et Israël continuent d’échanger des tirs sur un théâtre que Téhéran comme Jérusalem ont, dans les faits, désigné comme le déclencheur du conflit. Même si les combats immédiats s’apaisent, les tendances de plus long terme, érosion de la popularité américaine, bloc européen de plus en plus affirmé et consensus mondial croissant sur la souveraineté palestinienne, ont peu de chances de s’inverser selon le même calendrier qu’un cessez-le-feu. Quoi qu’il advienne à Bürgenstock ou dans le sud du Liban dans les semaines à venir, l’architecture diplomatique qui a soutenu la position d’Israël depuis 1948 paraît mesurablement différente de celle d’il y a seulement deux ans, et le prochain chapitre de l’Asie occidentale s’écrira tout autant dans les ministères des Affaires étrangères européens et les sondages d’opinion américains que sur le champ de bataille.
